13 juin 2008
Je déménage à l'Antre ciel éther
Au plaisir de vous retrouver là-bas
03 juin 2008
Quête
28 mai 2008
Arabesques d'étincelles
Elle aimait la lune ronde
Y suspendait sur ses rais
Sa fantaisie vagabonde
Sa liberté, ses secrets
Elle évadait ses deux mains
Les encrait d'art et d'amour
Et peignait sur ses demains
Le bonheur à contre-jour
Elle avait juste besoin
D'un peu d'Or sur ses pâleurs
D'un peu d'air, d'un peu plus loin
D'un peu d'hors dans ses douleurs
Mais d’ainsi créer son Ciel
Tous ces Soleils, ces arts d’heures
D’arabesques d’étincelles
Elle en consumait son coeur
08 mai 2008
02 avril 2008
Sillons d'existence
ou l'histoire de "m'îles personnages"
L'être qui n'attend plus rien
Sa vie est comme un tableau sans sujet.
Imagine.
Imagine une toile sans tain, une toile aux tons si espacés que la lumière s’y perd.
Imagine. Oui ferme les yeux, et imagine…
Un paysage.
Un arrangement de couleurs, un enchevêtrement de courbes, de lignes, d’arrêtes aigues, de points sans mouvement, de tâches sombres, de vagues de blancs et d’étirements de teintes ; linéament d’un univers intérieur.
Des nuages argentés flottent dans un ciel azuré mais n’emportent avec eux aucune âme en aventure. De petits duvets en plumes d’ailes d’anges déchus, dépouillés de magie.
Ça et là une rivière de poudre de soleil jaillit, perçant le brouillard qui flotte entre deux altitudes, mais ces graines d’ambre n’atteignent pas le sol, se dissolvant dans l’air rance des soupirs esquissés dans les ombres.
Au centre de la toile, sous le souffle de sanglots desséchés une étendue de glaise, terne, infaçonnable, stérile, et planté en plein milieu de cette abyssale désolation s’enlise un hêtre aux feuilles javellisées par les pluies d’hier. Pages de lendemains blanchies par une eau d’heures tourmentées.
Tout autour de cet îlot de poussière, des paysages flamboyants s’étendent, s’étendent, s’étendent et ne s’arrêtent plus, incomplets ils se perdent à l’infini ; une vision parachevée par aucun horizon.
Voici le tableau de vie de cet être qui n’attend plus rien.
L’anespoir assèche son encrier et son âme tarie ne peut plus dessiner de passerelle au dessus de l’abîme qui le sépare son devenir, de son « à venir ». Les pas qui s’empreintent dans son sable s’effacent aussitôt, dissolvant le sens du chemin déjà parcouru.
Il est juste là, planté au milieu de sa vie, le cœur éteint et le teint transparent, l’oreille sourde à l’appeau, la peau tendue sur des os de cristal. Fragiles. Si secs et si fragiles. Et les yeux vides.
Les yeux si vides.
Il n’attend plus rien.
Plus rien.
Imagine…
26 mars 2008
Sillons d'existence
ou l'histoire de "m'îles personnages"
L'homme qui rêve
Strasbourg, le 21 mars 2008. Confortablement installée sur une péniche arrimée en bordure du Rhin et transformée en petite taverne sympathique, je sirote un Kir à la pêche qui distille en mes veines ses bulles enivrantes, me grisant légèrement l'esprit sans pour autant l'endormir. Endolorie de bien-être, je laisse mon regard patiner sur le miroir de l'eau en compagnie des cygnes qui se font la cour en ce début de printemps. Les quelques mâles miment de leurs blanches ailes de grands cœurs sensés séduire la femelle qui se détourne alors dédaigneusement, offrant son croupion en signe de défit. Les mâles, redoublant de prestance, se pavanent de plus belle, courbant le cou en leurre de soumission. Le ballet dure quelques minutes puis soudain, réagissant à je ne sais quel signal, les mâles se détournent subitement et d'un seul élan casse le groupe en s'éjectant en étoile, filant sur l'eau à une vitesse impressionnante. La femelle conquise s'accroche au sillage de son élu et les voici qui s'échappent au loin pour terminer à deux cette parade nuptiale.
Je souris non sans compatissance en regardant les vaincus poursuivre leur errance dans la douceur du courant.
Un soleil timide peine à percer la dense toison de coton qui le voile mais parfois, dans un cri silencieux de lumière, quelques larmes ambrées ruissellent des cieux et je les regarde sautiller compulsivement sur la surface de l'eau, telles des petites lucioles de vers cherchant désespérément à vaincre l'éphémérité de leur poésie.
Je me sens bien et heureuse dans cet endroit tranquille et l'atmosphère douce et calme engendre quelques vapeurs d'essence poétique propices à liquéfier les âmes, à les rendre "âmoureuses". Le temps s'ouvre et dans cette béance le cœur se dévide de toutes contrariétés, de toutes ses peines et tous ses malaises et ne reste alors en soi que la liberté d'aimer l'instant.
Et mon cœur ainsi aimant s'accroche soudain au magnétisme de l'homme assis à quelques souffles de moi, si proche, et pourtant si loin.
Oui, si loin, car son âme rêveuse s'est évadée en ces contrées si retirée de l'être, cet endroit où toute chose fusionne avec l'infini, où la chair et le sang évaporés ne conservent en essence plus que la mémoire des sens. Cet endroit divin, où tout devient un, où l'on n'existe plus qu'à travers le vent qui nous emporte.
Il est assit, ici et ailleurs en même temps, le corps lâché dans son fauteuil d'osier et l'esprit éthéré ondulant entre les mailles du temps, et moi je le regarde, je l'admire. Je le respire.
Parfois, parce que l'âme, même envoûtée dans la béatitude la plus totale, se souvient toujours du corps qui lui apprend les sens, et parce que l'âme n'est ni ingrate ni oublieuse, comme pour partager l'ineffable beauté de son voyage, parfois son âme trace sur le visage quelques ondes qu'il est alors si délicieux à l'observateur de capter. Et je reste là des minutes entières à admirer cet homme qui poétise en silence. Je voudrais pouvoir partir avec lui, m'envoler à ses côtés pour découvrir et respirer aussi cet indicible éclat qui lui rend l'air si purement béat. Mais il est si réjouissant à regarder que rester là, cachée dans le silence, je me délecte de son image et me console ainsi de n'avoir plus depuis quelques temps assez d'hors à mes ailes pour m'évader au Cieux des songeries.
De temps à autre, un jet plus puissant de bonté repousse son âme dans son corps et l'homme plonge sa main dans la poche du blazer déposé sur le dossier de son fauteuil, s'empare d'une plume et d'un petit carnet de notes, et il trace alors sur la blancheur du papier le linéament des beautés que, peut-être, qui sait, il partagera à travers quelques textes ou poèmes. Puis minutieusement, précieusement, il recapuchonne sa plume et la replace, avec le petit calepin, dans l'écrin de cuir de son veston avant de repartir dans son univers coruscant.
Et le temps s'étire et se file et se tissent en mon âme les toiles de soie d'instants célestes que je m'imagine déjà vous décrire. Mais l'heure est déjà venue pour moi d'abandonner cet antre. Je roule sur la table quelque argent en acquittement de ma note. Le cliquetis des pièces ne réveille pas mon rêveur, pas plus que l'effroyable bruit du siège rayant le plancher à l'instant où je le pousse pour m'en extraire. Le Beau dans son œuvre de narcotique garde prisonnière l'âme du contemplatif et rien ne l'arrache à sa béatitude.
Je m'en vais le long des quais, rassasiée de douces heures alors qu'au loin un cygne, lauréat d'une Belle, compose sa descendance.
13 février 2008
Un être étrange
Une fleur éperdue ne trouvant pas son nord
Naviguait sur l'amer, les voiles disloquées
Ecartant le brouillard qui enfermait la fleur
Tempérant ses tourments tout en oyant ses peurs
Réchauffant sa corolle et arrosant sa terre
Etre étrange vous lui offrîtes votre flaire
Elle apprit à connaître et penser ses doux leurres
Ttranspirant contre vous ses pulsions et ses peurs
Restant calme et serein vous la guidâtes, seule
Aux confins de son être, où gêne aise se crée
Nacrant ainsi ses voiles de tons nuancés
Gentiment elle apprit à voguer sur les flots
En gardant dans son coeur les vagues de vos mots
(dessin - 12.02.2008 / poème 21.07.2006)
02 février 2008
L'enfant
Enfance
Douce et précieuse
Délicate et soyeuse
Petit d'homme, grand d'humain
Sylphe aux billes d'ébène
Miroir d'une âme incarnadin
Merveille émerveillée
Enfance
D'ici
D'ailleurs
Enfant du Monde
13 décembre 2007
Sirs Gall et Lafourmi
Un petit exercice de style sur http://desmots-despages.forumculture.net
Sir Gall en festoyeur ripailla tout l'esté
Et quand s'en vint l'hiver, de vivres dénué
Soudain escrabouillé de famine et misère
Il s'en alla pleurer chez son riche compère
- Voistu ma condition Ô riche Monseigneur
Regarde ma tenue, je n'ai plus que blancheur
Je n'ai pas un écu pour banqueter ce soir
Sir, hault et puissant Roy, sustente ma pansoire !
- Je saurai rembourser la pitance octroyée
De vostre courtoisie je saurai vous régler
Et dès l'oût revenu je vous rembourserai
En cent fois plus, promis, Ô mon bon Chevalier
Lafourmi respondy durment et haultement :
- N'avez-vous grand hontage, ignoble mandiant
Je ne vais te complaindre alors que tout l'esté
Tu festas et dansas sans prêter garde au blé !
Sir Gall abasourdi, après d'aigres souspirs,
Disoit sur un ton noir, son cruel désespoïr
- Vous me voyez ma foi, subir moultes dolentes
Je vous croyais servil, mais vous estes méchante !
- Quel faulseté vous fist ignoble fénéant !
Pendant que tout l'esté vous chantiez dans les champs
J'oeuvrais à la moisson, tout le blé amassant !
Vous chantiez ? Hé bien soit, valsez donc minstenant !
- 08.11.2007 -
29 novembre 2007
Sous la lune
Christian regarde le visage qui se reflète dans la glace et ne le reconnaît pas. Est-ce son esprit qui emmuré n'a jamais vu l'homme, ou est-ce l'homme qui, prisonnier des ténèbres, n'a jamais eu aucune image à refléter ?
Il n'arrive pas à décoller son être de dessous la semelle du Créateur. Il n'existe qu'au travers chacun des pas d'un Dieu imaginaire, qui habite chaque Autre.
Christian est un être qui n'existe pas, une créature qui se confond au décor. Tel un caméléon, il se modèle aux couleurs de son entourage. Il se façonne au regard de l'autre. C'est un être perdu dans un espace qui se situe entre les diverses dimensions du monde. Il n'a pas appris à être, il n'a pas appris à avoir. Simplement, il ne sait pas.
Le monde est un morceau de glace dans laquelle son esprit ne se reflète pas mais se gèle, se fige. Un être qui n'a grandi que de corps, mais qui, paralysés à l'intérieur, est resté comme cet enfant qui prend le monde pour un miroir et mime gestes et paroles, mais à la différence que lui ne s'y apprend pas, ne s'y reconnaît point.
Il laisse tout aux autres, non en abandon résigné mais parce qu'en son trouble c'est ainsi qu'il a appris à se donner à lui-même. Un "je" qui deviens le tiens, celui du patron, celui de son ami; un "je" qui n'existe pas sans support. Lorsque la lumière s'éteint, élément de trop dans le décor épuré d'acteurs son "je" stupéfait ne sait plus où aller, il ne sait plus qui être.
La force d'existence qui l'anime est étouffée par ce sentiment, cet émoi sournois qui rompt son être d'avec lui-même, et l'annule, la rend caduque.
Pourtant le grand malheur de Christian n'est pas cette absence d'existence en elle-même, mais bien la conscience ardente et anéantissante de cette anexistence. Et comme les marées, la force en lui s'enfle selon le cycle des saisons, et parfois une vague plus puissante l'envahi, roule jusqu'à l'orée du désir, touche du bout du doigt ce paysage inconnu, ce "je" dont les côtes se découpent dans le clair obscure d'une lumière lunaire.
Dans ces marées d'équinoxe, Christian se dessèche ou se noie.
Seul dans la salle de bain, il regarde le visage qui se reflète dans la glace et ne le reconnaît pas, mais dans la lumière artificielle qui éclaire la petite pièce, il sent soudain monter en lui l'envie qu'il soit à lui…




